Au fil des années, j’ai entendu des milliers d’histoires.

Des histoires de douleur.

Des histoires de fatigue.

Des histoires de deuil.

Des histoires d’anxiété.

Des histoires de lutte.

Au début, je pensais que mon travail consistait principalement à accompagner des symptômes.

Une douleur au dos.

Une migraine.

Un trouble du sommeil.

Une tension persistante.

Puis quelque chose a progressivement changé dans ma façon d’observer.

Derrière des symptômes très différents, je retrouvais souvent un même phénomène.

La protection.

Le corps protège.

Le système nerveux protège.

Les muscles protègent.

La respiration protège.

Parfois même les symptômes semblent participer à cette protection.

Après une période difficile, le corps s’adapte.

Il apprend à rester vigilant.

À anticiper.

À se préparer.

À tenir.

Cette capacité est extraordinaire.

Elle nous aide à traverser les moments les plus difficiles de notre existence.

Une maladie.

Une séparation.

Un épuisement.

Un deuil.

Une longue période d’incertitude.

Sans cette capacité d’adaptation, beaucoup d’entre nous ne pourraient pas continuer à avancer.

Mais avec le temps, une autre réalité apparaît.

Ce qui nous a protégés peut parfois finir par nous limiter.

Le danger disparaît.

La vigilance reste.

Le problème se résout.

La tension demeure.

La tempête passe.

Le corps continue pourtant à se comporter comme s’il devait encore se défendre.

Petit à petit, la vie devient plus étroite.

Non parce qu’elle est moins riche.

Mais parce qu’une grande partie de notre énergie reste mobilisée par la protection.

Puis un jour, quelque chose change.

Parfois c’est un soupir.

Parfois une respiration plus profonde.

Parfois un sommeil plus réparateur.

Parfois un simple sourire.

Parfois le retour d’un projet.

D’une envie.

D’une curiosité.

D’un rêve oublié.

Ces moments peuvent sembler modestes.

Pourtant, ils indiquent souvent une transformation essentielle.

Le système commence à comprendre qu’il est en sécurité.

Il n’a plus besoin de consacrer toute son énergie à survivre.

Une partie de cette énergie redevient disponible pour vivre.

Et c’est peut-être là que commence la véritable guérison.

Pas uniquement lorsque la douleur diminue.

Pas uniquement lorsque les symptômes disparaissent.

Mais lorsque la vie recommence à circuler.

Lorsque l’on retrouve la capacité de s’intéresser à quelque chose.

D’aimer.

De créer.

De rire.

D’imaginer l’avenir.

Pendant longtemps, j’ai pensé que la guérison consistait à enlever ce qui faisait souffrir.

Aujourd’hui, je crois qu’elle consiste aussi à permettre à ce qui est vivant de reprendre sa place.

Peut-être que la guérison est finalement un voyage très simple.

Un voyage qui nous conduit lentement,

de la protection,

vers la vie.

Fasciapuncture® Clinical Reflections

De la protection vers la vie.