Body Reflections · Volume II The Body in Relationship

Quand la peur devient une posture

La peur ne reste pas seulement dans les pensées. Parfois, le corps apprend à se tenir comme si le danger était toujours là.

Ce qui se voit d’abord

Elle avait peur que quelque chose arrive à ses enfants.

Elle avait peur de mourir.

Mais ce qui a d’abord retenu mon attention, ce n’était pas sa peur.

C’était sa posture.

Une observation en consultation

Elle avait soixante et un ans, et venait de prendre sa retraite.

Le sommeil était devenu difficile. L’anxiété ne la quittait pas. La poitrine se serrait. Le cœur s’emballait parfois.

Quelques semaines plus tôt, une douleur dans la poitrine et une difficulté à respirer l’avaient conduite aux urgences.

En l’écoutant, j’entendais la peur.

En observant son corps, je voyais autre chose.

Le haut du thorax s’était progressivement déporté vers la droite. Vers le milieu du dos, la colonne paraissait comme enfoncée. Même allongée, les muscles restaient tendus.

Son corps n’exprimait pas seulement l’anxiété.

Il maintenait une posture de protection.

La séance a commencé par l’acupuncture abdominale.

Pendant quelques minutes, presque rien n’a changé.

Puis son corps a soupiré.

Un mouvement de déglutition est survenu, spontané.

Les épaules sont descendues, lentement.

La respiration, restée haute dans la poitrine, est devenue plus profonde.

Elle a ouvert les yeux et a souri.

La pierre sur ma poitrine a bougé.

Elle a respiré plus profondément. Pour la première fois, son visage a paru apaisé.

Puis, simplement :

Je suis fatiguée.

Pas épuisée. Pas vaincue. Seulement cette fatigue qui apparaît parfois lorsqu’un corps cesse enfin de se tenir à chaque instant.

Ce que la peur organise

La peur peut se dire.

On l’entend dans les mots.

Mais la protection se voit aussi ailleurs : dans la posture, dans la respiration, dans le tonus, dans cette disponibilité permanente, dans la difficulté du corps à baisser la garde.

Ce n’est pas toujours un récit.

C’est parfois une manière de se tenir.

Lorsque quelque chose commence à changer, les premiers signes sont rarement spectaculaires.

Un soupir.

Une déglutition.

Des épaules qui descendent.

Une respiration qui redescend.

Une fatigue qui arrive d’elle-même.

De petits changements, à peine visibles — et pourtant, parfois, le début d’une autre manière de se tenir.

Le corps peut continuer à tenir une posture de protection, même lorsque le danger immédiat n’est plus là.

Avant que tout disparaisse

Peut-être que le changement ne commence pas toujours lorsque la douleur disparaît.

Parfois, il commence plus tôt.

Lorsque le corps commence à ne plus avoir besoin de se tenir constamment en protection.